"La vie des morts consiste à survivre dans l'esprit des vivants" - Cicéron

 

Les rites funéraires au Japon

Source : Wikipédia et nautjilon.com)


Les rites funéraires au japon comprennent une crémation du corps puis une mise en terre des cendres dans la tombe familiale. La tradition funéraire la plus couramment observée se décompose en quatre étapes :

Makuragyô (sutra de l’oreiller) Tsuya (éveil ou Traversée de la Nuit, Soshiki (les funérailles et la crémation, et le Shiju-Kunichi (le 49ème jour de la mort).

Makuragyô :

Première étape du rituel funéraire qui s’effectue immédiatement après le décès. Même à une heure très avancée de la nuit, des prêtres sont convoqués pour réciter des sutras auprès du défunt afin de purifier son corps et préparer l’espace funéraire à accueillir l’esprit du Bouddha. Cette étape a pour but d’aider l’âme à s’acheminer vers les royaume des morts qui s’apparente ici à une nouvelle naissance.

Tsuya :

L’éveil se déroule au domicile dans la journée qui suit la mort en présence de la famille et des amis proches. Ces derniers offrent de l’encens ainsi que l’O-koden, une enveloppe contenant de l’argent pour aider la famille à couvrir les frais des funérailles très élevés au japon.

Le corps est placé devant l’autel de la famille, la tête vers le nord (d’où la tradition japonaise de ne jamais placer la tête du lit dans cette direction) et son visage est recouvert d’un tissu blanc. On peut dans certains cas orienter le corps vers l’ouest, qui indique la direction du royaume de Boudha. Le juzu (chapelet bouddhique) peut être placé entre ses mains ainsi qu’une dague pour éloigner les mauvais esprits.

Shoshiki :

Les funérailles ont lieu le lendemain de l'Eveil. Le corps est alors transporté au temple bouddhique, et son cercueil est placé la tête au nord devant un autel où repose sa photo. Un bol de riz aura été placé auprès de lui, avec les baguettes plantées dedans : ce bol symbolise le dernier repas du mort durant son voyage vers l'au-delà, et la position des baguettes lui indique qu'il n'appartient désormais plus au monde des vivants (d'où la célèbre tradition japonaise de ne jamais planter ses baguettes dans son riz au cours du repas).

Shiju-Kunichi :

Cette étape qui vient conclure les obsèques a lieu 49 jours après la mort. Après une nouvelle petite cérémonie, l'urne est placée dans le tombeau familial. La tradition des 49 jours se réfère à une croyance selon laquelle ce serait à ce moment là de la mort qu'il est décidé si le défunt doit accéder au paradis ou à l'enfer (les diverses prières et sûtras récités durant les funérailles doivent servir à venir en aide au mort à ce moment là, en « améliorant » sa condition).

Rites post-mortem :

Les pratiques funéraires sont empreintes des croyances religieuses, dominantes au japon que sont le bouddhisme et le shintoïsme. Juste après la mort, et le makuragyô, les proches procèdent au «matsugo no mizu» (l’eau du dernier moment) : ils humidifient les lèvres du mort dans le but que celui-ci renaisse (réincarnation). Puis, ils disposent à côté du défunt, une table sur laquelle sont placés des fleurs, de l’encens et une bougie (respectivement de la gauche vers la droite «makura kazari» (décoration de l’oreiller).

Ces deux rituels se déroulent durant la veillée funèbre (tsuya ou o-tsuya avec une marque de respect) où les proches du défunt se réunissent «consolent ce dernier car il est peu enclin à partir».

Enfin, un «juzu», chapelet bouddhiste composé de 108 perles représentant les 108 karmas , est placé entre les mains du défunt : ainsi l’âme du mort va devoir renoncer aux désirs humains afin d’atteindre la vertu. Dans certains cas, la famille dispose un couteau sur la poitrine du mort afin d’éloigner les mauvais esprits.

Puis les proches déposent auprès du corps un sac rempli d’argent afin que l‘âme du défunt puisse traverser le Sanzuno- Kawa («fleuve de la mort») situé entre le monde des vivants et l’autre monde.

Les autorités sont ensuite prévenues du décès. C’est le fils ainé qui a la charge de l’organisation des obsèques. Il contacte un temple pour procéder aux rites religieux et choisir la date des obsèques. Le corps est lavé, puis habillé avec le shinishôzoku dont la traduction serait «un habit pour le voyage vers l’éternité». Des soins de thanatopraxie peuvent être prodigués pour améliorer l’apparence physique du défunt.

Veillée funèbre et crémation :


La tenue traditionnelle lors de la veillée funèbre est entièrement blanche. Mais depuis l’ouverture du Japon sur le monde occidental, la tendance est à la couleur noire. Les proches du défunt font appel à un moine bouddhiste appelé sôryo qui va lire un sutra durant la veillée et donnera un nom posthume au défunt «kaimyo».

Durant la cérémonie, les participants de l’o-tsuya offrent de l’encens (chez les bouddhistes, l’encens est offert pour obtenir l’aide des bons esprits) et de l’argent dans une enveloppe noire et grise. Les participants prennent de la poudre d’encens «zukô» dans leurs mains, les lèvent à hauteur des yeux, referment les doigts et prient. Ils laissent ensuite tomber l’encens dans le brûleur. Cette action est répétée deux fois. Lorsque le moine bouddhiste termine la lecture du sutra, le cercueil est refermé et la veillée funèbre prend fin.

En partant les personnes ayant participé à l’o-tsuya s’aspergent de sel purificateur (kiyome-shio) avant de rentrer chez eux, pour conjurer le mauvais sort. S’ensuit la crémation. La tradition veut que les membres de la famille du mort fassent glisser le corps dans la chambre crématoire. Après la crémation, les os et les cendres sont récupérés puis placés dans une urne prévue à cet effet.

Les os du corps du défunt sont retirés avec des baguettes en commençant par ceux des pieds et en remontant jusqu’au crâne, puis sont placés dans une urne funéraire. Cette méthode d’extraction a pour but d’éviter au défunt de se retrouver «la tête vers le bas» dans l’urne. Cette dernière est ensuite placée sur un autel et conservée pendant 49 jours dans la maison familiale.

Pendant cette durée le sôryo prie les 3ème, 7ème, 21ème et 49è jour pour guider l’âme du défunt. La crémation est très répandue au Japon non seulement parce qu’il s’agit d’une pratique religieuse et que pour un japonais, c’est une honte d’enterrer un corps et donc de lui imposer la souillure de la putréfaction (dans le japon féodal les seuls qui n’étaient pas incinérés étaient les personnes condamnées à mort) mais aussi parce que, par décret, les Japonais doivent incinérer tous leurs morts. De plus l’exiguité des terres impose cette mesure.

Enterrement :


Une fois la période des 49 jours écoulée, l’urne est portée au caveau familial où plusieurs membres de famille reposent. Cette tombe se nomme haka.Elle est constituée d’un monument en pierre au pied duquel se trouve un bac pour disposer des fleurs (et de l’eau) ainsi que de l’encens. Tout ceci surplombe une crypte où sont entreposées les urnes funéraires de la même famille. Sur le coté du monument en pierre est gravé le nom de la personne qui a fait l’acquisition du caveau.

Les noms des défunts sont gravés sur la face de la pierre. Mais il est de plus en plus fréquent que le nom du défunt soit aussi écrit sur une pièce en bois,placée à côté du caveau (sotoba). Il est possible en se rendant dans un cimetière japonais de voir sur certains monuments en pierre, surplombant les caveaux, des caractères peints en rouge.

En effet, lorsqu’une personne mariée décède, homme ou femme, le nom de son conjoint est gravé sur la pierre et peint en rouge. Cette peinture symbolise la volonté des époux de se rejoindre dans la tombe.

Ainsi lorsque le second membre du couple décède, la peinture est alors effacée. A noter que cette pratique est de moins en moins suivie de nos jours.Très présent dans la culture nippone, le culte des ancêtres est très important aux yeux de la société du pays du soleil levant. Dans la civilisation japonaise actuelle, le culte des ancêtres occupe une place prépondérante.

Importée de Chine, cette piété à l’égard des esprits des défunts a fortement été marquée par la tradition confucéenne qui définissait la culte des morts comme une obligation filiale. Aussi, si le mariage japonais et nombre de cérémonies liées à l’enfance s’effectuent selon des rituels shintô, les funérailles en revanche répondent dans la majorité des cas à la tradition bouddhique.

L’économie des temples bouddhistes est d’ailleurs essentiellement liée aujourd’hui aux revenus générés par les services funéraires.

Les obsèques japonaises obéissent à une procédure très «ritualisée «à défaut du cérémoniel approprié pour l’envoyer dans l’au-delà, il est considéré que l’âme du défunt est condamnée à errer sur terre sous sa forme spectrale, noyant sa rancune dans le malheur qu’elle apporte à sa famille.

O-bon, qui se tient le 15 Juillet ou le 15 août selon les régions, est la fête qui célèbre les morts et les ancêtres tout en les guidant à travers l'obscurité de leur voyage.

Les nombreuses marques de respect qui entourent les funérailles cachent en réalité une profonde angoisse de la mort de la part des japonais. De nombreux mythes, dans la tradition shintô notamment, disent la peur inspirée par les morts : la descente d'Izanagi aux Enfers pour récupérer le corps d'Izanami , ces morts présentent des âmes jalouses de la vie, attendant l'occasion de pouvoir remonter à la surface pour tourmenter les vivants. C'est également la souillure de la mort qui transparaît ici, dans le corps d'Izanami livré à la putréfaction. A son retour des mondes infernaux, Izanagi est contraint de se purifier dans une rivière pour échapper à cette souillure.

Quel que soit le degré de piété familiale dont sont empreints ces rites funéraires, la ferveur mise dans les obsèques et les fêtes célébrant les morts a en grande partie pour objet de distraire les âmes défuntes de leur chagrin, de manière à ce qu'elles conservent une part de reconnaissance envers leur descendants et ne viennent pas les troubler. Chaque maison conserve ainsi chez elle soit un «butsudan» (petit autel) dans la tradition bouddhique, soit le mitamaya, « la maison auguste des âmes », chez les pratiquants shintô, un petit sanctuaire qui contient notamment des souvenirs des ancêtres. On y dispose régulièrement des offrandes.